Énergie, immunité, vitalité
(30-Mar) Alternative Santé : Qu'apportent les huiles à l'organisme ?
Dr Philip Keros: D'abord de l'énergie puisqu'un gramme de lipide fournit à
l'organisme 9 kilocalories. Ensuite, des vitamines liposolubles, en particulier
A et E, cette dernière étant antioxydante vis-à-vis des radicaux libres.
Alternative Santé : Quels autres nutriments apportent-elles ?
Dr Philip Keros: Lorsqu'elles sont de première pression à froid : des
polyphénols, qui agissent comme de puissants antioxydants au même titre que la
vitamine E, ainsi que des phytostérols, de la famille des stérols, dont la
structure est proche du cholestérol, et qui empêchent la formation du " mauvais
" cholestérol. On peut également retrouver d'autres substances précieuses telles
que des caroténoïdes (Bêta-carotène ou provitamine A), de la sésamine, mais
surtout des acides gras, essentiels à la vie, sur lesquels la doctoresse
Catherine Kousmine avait attiré l'attention dès les années 60, s'appuyant sur
les travaux de la Dre Johanna Budwig. Cette dernière avait montré, en 1959, lors
d'une conférence à Zürich, " l'intérêt de l'huile de lin dans la prévention des
polyarthrites, cancers et autres pathologies dégénératives ". On sait
aujourd'hui que cette huile contient l'acide alpha-linolénique, chef de file des
oméga 3 végétaux, dont nous manquons souvent et dont on reconnut l'importance,
en France, quelque quarante ans plus tard !
Alternative Santé : Que se passe-t-il lorsque les huiles sont raffinées ?
Dr Philip Keros: Afin que l'on puisse extraire davantage d'huile des graines,
celles-ci sont chauffées bien au-delà de 52°C et parfois traitées avec des
solvants pétroliers tel l'hexane, dont on peut retrouver des traces dans l'huile
raffinée. Première conséquence de ce procédé d'extraction : la dénaturation d'un
des acides gras essentiels de l'huile : l'acide linoléique. Quand on chauffe
l'huile, une partie de la molécule devient toxique.
Comme le précisait la doctoresse Kousmine : " ces huiles qui sont portées à très
hautes températures, qui supportent très bien l'air, la chaleur, la lumière ne
peuvent plus entretenir notre santé ". Les autres substances essentielles,
telles que certaines vitamines ou les polyphénols, sont également dénaturées,
voire détruites.
Alternative Santé : Quels sont les effets des acides gras que l'on trouve
surtout dans l'huile d'olive ?
Dr Philip Keros: De nombreuses études montrent que les acides gras mono-insaturés
ont des effets positifs sur le système cardiovasculaire. Ils réduisent les
risques d'affections cardiaques et de troubles circulatoires, ainsi que le taux
de mauvais cholestérol et ils améliorent le fonctionnement de la glande thyroïde.
Des travaux de chercheurs américains viennent de mettre en évidence que l'acide
oléique (présent notamment dans l'huile d'olive) réduit de façon importante les
niveaux du gène cancéreux connu sous le nom d'erb B-2, dont le taux est élevé
dans les cancers du sein.
Alternative Santé : Et les acides gras oméga 3 et 6 ?
Dr Philip Keros: Ces acides gras dit polyinsaturés (AGPI) sont indispensables à
la vie, en particulier à la préservation d'une bonne santé. Pour la doctoresse
Kousmine, ils interviennent dans la structure et l'étanchéité des membranes
cellulaires, de façon à ce qu'elles ne deviennent pas trop perméables. Ce qui
est capital pour prévenir le passage des toxines infectieuses dans le corps, en
particulier au niveau de l'intestin puisqu'il n'est formé que d'une seule couche
de cellules. Les AGPI assurent la fluidité de ces membranes. Ils interviennent
encore dans la synthèse des prostaglandines (PGE), et autres substances
apparentées et dont la fonction principale est la régulation de … … nos moyens
de défense. Les prostaglandines étant fabriquées à partir des acides gras poly-insaturés,
cela explique qu'en cas de déséquilibre de ces derniers, la production de
certaines prostaglandines, en particulier des PGE1 (possédant des propriétés
anti-inflammatoires), soit déficiente. Les acides gras polyinsaturés agissent
donc sur l'immunité. Ils ont des propriétés primordiales vis-à-vis des maladies
inflammatoires et dégénératives chroniques et une incidence forte sur la
prévention des cancers.
Ils réduisent les risques cardiovasculaires en diminuant les triglycérides et le
" mauvais " cholestérol et en augmentant le HDL qui est le bon. Ils diminuent
également l'athérogénèse et l'agrégation plaquettaire. Ils sont donc très
précieux pour prévenir les coronaropathies, les thromboses et l'infarctus. Ainsi
l'étude dite " Étude de Lyon " du Pr Serge Renaud et qui a porté sur 600
patients venant de subir un accident coronarien a montré une réduction de
mortalité de 70 % en intégrant environ 20 g d'huile de colza dans l'alimentation
quotidienne.
Les AGPI interviennent également dans la constitution de la myéline, la gaine
protectrice des nerfs (1). Les recherches de Catherine Kousmine, notamment, ont
montré leur intérêt dans les pathologies démyélinisantes, telle que la sclérose
en plaques (2). Ils sont aussi des constituants de base de la cellule nerveuse
et sont donc irremplaçables dans le domaine de la neurologie : dépression,
troubles du comportement, mémoire, etc. Ils agissent, en outre, sur la fertilité,
la sécheresse de la peau, la régulation hormonale, la rétine…
Alternative Santé : Quels sont les acides gras que l'organisme ne peut pas
produire lui-même et qui doivent donc obligatoirement être apportés par
l'alimentation ?
Dr Philip Keros: On distingue deux familles d'AGPI :
- Les oméga 6, dont le chef de file est l'acide linoléique, d'origine végétale (tournesol
linoléique, colza…) qui doit être impérativement apporté à l'organisme par
l'alimentation et à partir duquel il synthétise l'acide gamma-linolénique, puis
l'acide di-homo gamma linolénique aux effets protecteurs, et, en bout de chaîne,
l'acide arachidonique aux effets inflammatoires.
Un excès dans la consommation d'oméga 6, et plus précisément d'acide
arachidonique d'origine animale, en particulier issu de viandes rouges, est
préjudiciable à la santé. Des risques cardiovasculaires, de diabète, de
pathologies dégénératives, de cancer, d'eczéma… sont alors induits. C'est
pourquoi nous recommandons, à la fois, que l'apport des oméga 6 se fasse par des
huiles non raffinées et de limiter la consommation des viandes rouges.
- La seconde famille est représentée par les oméga 3, dont le chef de file est
l'acide alpha-linolénique, d'origine végétale (colza, lin, noix…), qui doit, lui
aussi, être apporté par l'alimentation et à partir duquel l'organisme
synthétisera des acides au rôle protecteur.
Attention, un excès en faveur des oméga 3, qui engendre une grande fluidité du
sang, peut entraîner des hémorragies pouvant se révéler très graves. Mais ceci
ne se produit qu'avec les oméga 3 d'origine animale.
Alternative Santé : On dit que notre alimentation est trop riche en oméga 6 par
rapport aux oméga 3…
Dr Philip Keros: Oui, parce que nous consommons trop de graisses saturées
contenues dans les viandes rouges et laitages au détriment des poissons
notamment. En ce qui concerne les huiles par exemple, un certain nombre sont
riches en oméga 6 mais assez pauvres en oméga 3, c'est pourquoi il est important
de ne pas oublier ou, dans certains cas de privilégier, celles qui sont riches
en acides gras oméga 3. Le rapport entre oméga 3 et oméga 6 devrait être de un
sur cinq, voire de un sur quatre. Dans la réalité, il varie plutôt de un sur
vingt à un sur dix.
Alternative Santé : Quelle quantité d'huile doit-on absorber pour arriver à ce
rapport optimum ?
Dr Philip Keros: Il est recommandé d'absorber, à midi, deux cuillers à café
d'huile crue sur des crudités et un peu sur ses légumes cuits. Et d'en consommer,
à nouveau, le soir, deux cuillères à café sur ses crudités, légumes ou même dans
sa soupe. Soit au total, deux cuillères à soupe d'huile par jour.
Alternative Santé : Quelles huiles privilégier ?
Dr Philip Keros: L'idéal est d'équilibrer les huiles riches en oméga 6 (pépins
de courge, carthame et tournesol linoléiques - voir fiches pratiques,
p. 29-32 -, chanvre, sésame…) avec celles qui le sont en oméga 3 (périlla,
caméline, noix, colza, lin - ailleurs qu'en France) et de veiller à consommer
des poissons des mers froides, tels que maquereaux et sardines, eux aussi riches
en oméga 3.
